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Victor Hugo est né àHYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Besancon
.htm" Besançon le 26 février 1802. Fils d un HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Pere_Hug
o.htm" général de Napoléon , il suivit d abord son père dans le
hasard des expéditions et des campagnes, en Italie, en Espagne, où il
fut page du roi HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Jo_Bonap
arte.htm" Joseph et élève au séminaire des nobles de Madrid. Vers
l âge de onze ans, il vint s établir avec sa HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Mere_Hug
o.htm" mère , séparée àcette époque du général, àParis, dans
le quartier, presque désert alors, du HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Val_de_G
race.htm" Val-de-Grâce . C est làqu il grandit dans une liberté
d esprit et de lectures absolue, sous les yeux d une mère extrêmement
indulgente et assez insoucieuse àl endroit de l éducation. Il
s éleva tout seul, lut beaucoup, au hasard, s éprit, dès quinze ans,
àla fois de vers et de mathématiques, se préparant àl École
polytechnique et concourant aux HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Jeux_Flo
raux.htm" Jeux floraux .
Victor Hugo jeune,,
dessin d Adèle Foucher,
la future Madame Hugo.
Couronné deux fois par cette société littéraire, nommé par elle
maître ès jeux floraux en1820, distingué par l Académie française
en 1817, àl âge de quinze ans, pour une pièce sur les Avantages de
l étude, s essayant àune tragédie ( HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Irtamene
.htm" Irtamène dont on trouve quelques fragments dans Littérature et
Philosophie mêlees), il comprit que sa vocation était toute
littéraire, abandonna les mathématiques, et lança en 1822 les
HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Odes/Sommaire.
htm" "sommaire" Odes. Il obtint une pension de 2 000 francs de
Louis XVIII, peut-être pour son livre, peut-être pour un trait de
générosité dont le Roi fut touché ; il se maria (1822), et ne
songea plus qu àmarcher sur les traces de HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Lamartin
e.htm" Lamartine , qui était l idole du jour.
Journaux (Le Conservateur littéraire), romans ( HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Bug_Jargal/Som
maire.htm" "sommaire" Bug-Jargal , HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Han_d_Is
lande.htm" Han d Islande ), théâtre ( HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Amy/Sommaire.h
tm" "sommaire" Amy Robsart avec Ancelot, àl Odéon, chute), vers
( HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Odes/Sommaire.
htm" l "Ballades" "sommaire" Ballades et nouveaux recueils d Odes)
l occupent jusqu en 1827. A cette date, il donne HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Cromwell
.htm" Cromwell , grand drame en vers (non joué), avec une préface qui
est un manifeste. En 1828 il écrit HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Marion.h
tm" Marion de Lorme , drame en vers, qui est interdit par la censure,
en 1829 les HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Oriental
es.htm" Orientales , en 1830 HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Hernani.
htm" Hernani , joué àla Comédie française, acclamé par la
jeunesse littéraire du temps, peu goûté du public.
La Révolution de 1830 donne la liberté àMarion de Lorme, qui est
jouée àla Porte Saint-Martin avec un assez grand succès.
Dès lors Victor Hugo se multiplie en créations. Les recueils de vers
et les drames se succèdent rapidement. En librairie, c est HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Notre_Da
me.htm" Notre-Dame de Paris , roman (1831), HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Litterat
ure.htm" Littérature et philosophie mêlées (1834), HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Feuilles
.htm" Feuilles d automne , poésies (1831), Chants du crépuscule,
poésies (1835), Voix intérieures, poésies (1837), Rayons et Ombres,
poésies (1840), Le Rhin, impressions de voyage (1842). – Au
théâtre, c est Le Roi s amuse, en vers (1839), représenté une fois,
puis interdit sous prétexte d allusion politique, Lucrèce Borgia, en
prose (1833), Marie Tudor, en prose (1833), Angelo, en prose (1835), Ruy
Blas, en vers (1838), les Burgraves, en vers (1843).
Victor Hugo en 1829,
par Devéria
En 1841 il avait été élu de l Académie française, après un premier
échec. En 1845 il fut nommé pair de France. En 1848 il fut élu
député de Paris àl Assemblée Constituante, fonda le journal
l Evénement pour préparer sa candidature àla Présidence de la
République, et devint un personnage politique. A la Constituante, il
siégea parmi la droite et vota ordinairement avec elle.
Peu soutenu dans sa candidature àla Présidence, mais réélu député
de Paris, il siégea àgauche àl Assemblée législative, se marqua
énergiquement comme anti-clérical (Loi sur l enseignement) et inclina
peu àpeu vers le groupe socialiste.
F.-J. Heim (1787-1865),
Victor Hugo vers 1845,
Musée Carnavalet, Paris.
Au 2 décembre 1851 il se mêla au
mouvement de résistance, et dut prendre la route de l exil.
Il se retira en Belgique, puis àJersey, puis àGuernesey, refusa de
bénéficier des amnisties, et ne rentra en France qu en 1870. Pendant
son séjour àl étranger, il publia HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Napoleon-le-Pe
tit/Sommaire.htm" "sommaire" Napoléon le Petit , et écrivit
HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Histoire%20d u
n%20crime/Sommaire.htm" "sommaire" l Histoire d un crime ,
HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Pamphlet
.htm" pamphlets politiques en prose, Les Châtiments (1853), satires
en vers contre les hommes de l Empire, Les Contemplations, poésies
(1856), la première Légende des Siècles (1859), Les Misérables,
roman (1862), HYPERLINK
"http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Shakespeare/In
dex.htm" William Shakespeare , étude critique (1864), Les Travailleurs
de la mer, roman (1866), Les Chansons des rues et des bois, poésies
(1865), etc.
Victor Hugo,
photographié par E. Bacot,
au cours de l exil (détail).
Revenu àParis sous la troisième république, il vit le siège de
1870 et la guerre civile de 1871, qui lui inspirèrent l Année
terrible, poésies (1872). il donna encore la deuxième Légendes des
Siècles, poésies (1877), l Art d être Grand-Père, poésies (1877),
la troisième Légende des Siècles, poésies (1881), les Quatre vents
de l esprit, poésies (1882).
Il avait été nommé sénateur par le collège électoral de Paris en
1876. Il parla peu. Il vota constamment avec la gauche. Ses opinions
politiques d alors étaient représentées par le journal Le Rappel,
fondé vers la fin de l Empire par ses parents et alliés.
Victor Hugo en 1882,
par Bastien Lepage
Il mourut le 22 mai 1882, « dans la saison des roses », comme il
l avait prédit quinze années auparavant, àl âge de 83 ans, comme
Goethe. Son corps fut déposé au Panthéon, après les funérailles les
plus magnifiques que la France ait vues depuis Mirabeau. Il a laissé
une grande quantité d œuvres inédites qui paraîtront successivement.
En 1886 on en a donné deux, le Théâtre en Liberté, et la Fin de
Satan, qui n ont rien ôté àsa gloire.
D après Émile Faguet, Dix-Neuvième siècle, Études littéraires.
L homme est, moralement, est assez médiocre : immensément vaniteux,
toujours quêtant l admiration du monde, toujours occupé de l effet, et
capable de toutes les petitesses pour se grandir, n ayant ni crainte ni
sens du ridicule, rancunier impitoyablement contre tous ceux qui ont une
fois piqué son moi superbe et bouffi, point homme du monde, malgré
cette politesse méticuleuse qui fut une de ses affectations, grand
artiste avec une âme très bourgeoise, laborieux, rangé, serré,
peuple surtout par une certaine grossièreté de tempérament, par
l épaisse jovialité et par la colère brutale, charmé du calembour et
débordant en injures : nature, somme toute, vulgaire et forte, où
l égoïsme intempérant domine.
V. Hugo est peu sensible. Il a la sensibilité des orgueilleux, cette
irritabilité du moi hypertrophié que tous ses ennemis ont sentie. Il
n est pas tendre : quand il parle d amour pour son compte personnel, il
mêle un peu de sensualité très matérielle àla galanterie mièvre,
àla rhétorique éclatante : il ne s aliène pas assez pour
connaître les grandes passions ; de sa hauteur de poète pensif, il se
plaît trop àregarder l amour de la femme " comme un chien àses
pieds ". Ce qu il y a de meilleur en lui, c est sa capacité des joies
de la famille, son affection de père ou grand-père. Il a dit avec un
accent pénétrant la douceur intime du foyer, la séduction ingénue
des enfants. Il y a bien de l ostentation, de la puérilité dans l Art
d être grand-père ; ce grand-père exerce sa fonction comme un
pontificat, avec une niaiserie solennelle qui dégoûte. Mais, dans les
Feuilles d automne et les premiers recueils, avec quelle simplicité
charmante il parle des enfants ! Surtout, lorsqu il eut perdu en 1843
sa fille et son gendre, nouveau-mariés, qui se noyèrent àVillequier,
il dit son désespoir, ses souvenirs douloureux, ses appels au Dieu
juste, au Dieu bon en qui il crut toujours, dans un livre des
Contemplations, où la perfection du travail artistique n enlève rien
àla sincérité poignante du sentiment.
Il n est que juste aussi, je crois, d ajouter que l amour collectif de
l humanité, des humbles, des misérables, fut très réel chez V. Hugo.
Parce qu il donna àcette passion des expressions parfois bizarres et
déraisonnables, parce que surtout elle servit fortement àson
apothéose et qu il l exploita certainement pour sa popularité, il ne
faut pas méconnaître le vif sentiment de pitié sociale qui est
antérieur en lui àsa conversion politique.
La sensibilité de V. Hugo est donc assez limitée, et presque toujours
contenue, dirigée, refroidie par la préoccupation d agrandir son
personnage. En revanche, il a une puissance illimitée de sensation, une
acuité rare des sens, et particulièrement du sens de la vue. Sa vision
est une des plus nettes qui se soient jamais rencontrées chez un
poète ; son œil garde àla fois le détail et l ensemble des choses.
Il voit moins les couleurs que les reliefs ; il est sensible surtout
aux oppositions de l ombre et de la lumière, qui lui fournissent
l antithèse fondamentale de sa poésie.
Je ne sens pas qu il soit uni par une sympathie morale àcette nature
extérieure dont il reçoit si fortement toutes les valeurs : nul autre
lien entre elle et lui que la sensation physique. De là, l usage qu il
en fait. Les simples tableaux, les paysages àla plume d après nature,
sont beaux, mais assez rares dans son œuvre. Il se fait de la nature un
vaste magasin d images, où sa pensée se fournit tantôt de thèmes ÃÂ
variations verbales pour l exercice de sa prodigieuse invention, tantôt
de formes àvêtir les idées; et c est parce que nulle affection
permanente de son âme n est engagée dans sa perception du monde
extérieur qu il dispose si librement de toutes ses sensations pour les
transformer en métaphores ou en symboles au service de ses conceptions
intellectuelles.
Mais quelle intelligence a-t-il ? Hélas ! il faut avouer que ce très
grand poète est incapable de définir et de raisonner. Il lâche
d énormes contresens quand il veut faire le critique, d énormes
contradictions quand il veut faire le théoricien. Ses idées
littéraires sont vagues et troubles. Ses idées philosophiques,
politiques, sociales, son déisme, son républicanisme, son
" démocratisme ", sont des idées moyennes, sans originalité, tout
àfait imprécises et médiocrement cohérentes.
Impuissant àpenser, il a le respect, la religion de la pensée : il a
l ambition d être un penseur. N est-ce pas un devoir du poète, d être
l instructeur des peuples, le " phare " de l humanité ? Et c est un
spectacle àla fois comique et touchant de voir ce primitif s appliquer
àpenser, manier laborieusement, gauchement, fièrement, des doctrines,
dont il n embrasse que les mots. Plus il entasse ou gonfle ses
métaphores, plus il s imagine élever ses idées, et il s est attiré
de Veuillot par certaines méditations délirantes le mot cruel que l on
sait : Jocrisse àPathmos.
Mais ce mot est injuste : prenons garde d aller trop loin. V. Hugo n a
pas d idées originales : il n en sera que plus apte àreprésenter
pour la postérité certains courants généraux de notre opinion
contemporaine. Il n a pas d idées claires : c est un poète, non pas
un philosophe. Son affaire n est pas d apporter des formules exactes,
des solutions sûres. Il suffit qu il tienne la curiosité en éveil sur
de grands problèmes, qu il entretienne des doutes, des inquiétudes,
des désirs. Une idée abstraitement insuffisante peut déterminer un
sentiment efficace. Et voilàpar où l œuvre de V. Hugo est excellente
et supérieure : àdéfaut d idées nettes, il a des tendances
énergiques, et il agite en nous certaines angoisses sociales et
métaphysiques. Dieu, l inconnaissable, l humanité, le mal dans le
monde, la misère et le vice, le devoir, le progrès, l instruction et
la pitié comme moyens du progrès, voilàquelques idées centrales que
V. Hugo ne définit pas, ne démontre pas, mais qui sont comme des
noyaux autour desquels s agrègent toutes ses sensations. Ces idées
hantent son cerveau : il ne les critique pas, il s en grise. Elles lui
dictent des hymnes admirables de mouvement et d ampleur, discours
imprécis sans doute, mais visions improvisées et lucides d un idéal
obsédant : Ibo, les Mages, Ce que dit la bouche d ombre. Et cela ne
vaut-il pas mieux, après tout, que d avoir dit éternellement Sarah la
baigneuse ou le pied nu de Rose ? N est-ce pas en somme de làque la
poésie de V. Hugo, dans l égale perfection de la forme, tire sa plus
haute valeur ? Et où trouvera-t-on, si ce n est chez lui, l expression
littéraire de l âme confuse et généreuse de la démocratie
française dans la seconde moitié du XIXe siècle ? Par sa philosophie
sociale, le lyrisme de V. Hugo devient largement représentatif.
Il faut nous défaire pour juger ses idées de toutes nos habitudes
d abstraction et d analyse. Impropre àla pensée pure et àla logique
idéale, il a philosophé avec sa faculté dominante, àgrands coups
d imagination. Mais par làmême il a moins gâté les idées que s il
avait essayé de les versifier en philosophe : il a évité la
sécheresse de la poésie raisonnablement didactique. Des doctrines, il
ne garde que quelques mots, les mots essentiels dont chacun en gros
connaît le sens, où chacun peut mettre toute la richesse de sa pensée
personnelle : et àces mots il associe des images que la nature lui
fournit.
V. Hugo ne pense que par images : l idée, ramassée en un seul mot,
lui apparaît liée àune forme sensible, qui la manifeste ou la
représente, qui par ses affinités propres en détermine les relations,
en sorte que les associations d images dirigent le développement de la
pensée.
Une chose vue éveille l idée qui sommeillait en lui, ou l idée
inquiète se projette dans l objet qui frappe ses yeux. Dès lors le
poète est délivré de l embarras des opérations intellectuelles : il
a fait passer dans sa sensation son idéal ou sa doctrine ; il n a que
faire d analyser; il n a qu àutiliser son admirable mémoire des
formes, et ce don qu il a de les agrandir, déformer ou combiner sans
les détacher de leur soutien réel, le don aussi de suggestion qui lui
fait trouver des passages inconnus entre les apparences les plus
éloignées. Ainsi la pensée devient hallucination, le raisonnement
description : au lieu d un philosophe nous avons un visionnaire. Mais,
ainsi, les propriétés intellectuelles des idées restent intactes, et
les formes que déploie le poète sont éminemment réceptives : le
lecteur, selon sa puissance d esprit, remplit ses symboles, aptes ÃÂ
contenir tout ce que le poète n a pas pensé.
En réalité, V. Hugo a les gaucheries et les spontanéités de
l humanité primitive : sa raison obscure, troublée de mille
problèmes, qu elle ne peut résoudre ni manier en leur abstraction, les
pose en images concrètes : il crée des mythes. Ce que les races
lointaines ont fait dans les temps qui précèdent l histoire, V. Hugo,
au siècle de Comte et de Darwin, le répète avec aisance : le mythe
est la forme essentielle de son intelligence. Sa volonté candide de
penser ne laisse dans la nature aucun phénomène où il n aperçoive la
transcription sensible de quelque redoutable énigme ou d une auguste
vérité : toute sensation tend àdevenir symbole, tout symbole àse
développer en mythe. Absolument dénué du sens psychologique, il ne
peut voir l individu : un pauvre qu il rencontre devient tout de suite
le pauvre. Toute métaphore dans une telle organisation évolue,
s organise, s étend ; l objet propre ou l idée première reculent; et
naïvement, spontanément il retrouve, dans ce pâtre promontoire qui
garde les moutons sinistres de la mer, la forme d imagination qui, sur
les côtes tourmentées de la Sicile, avait animé l informe Polyphéme
et la blanche Galatée.
Celte faculté fait que V. Hugo, le plus lyrique des romantiques, est
aussi le plus objectif. Par ces aspirations au progrès, par ces
revendications sociales, par ces élans de bonté, de pitié, de foi ou
de colère démocratiques, sa poésie prend un autre objet que le moi.
Elle exprime les émotions d un homme, mais des émotions d ordre
universel. Cela donne àson œuvre un air de grandeur et de noblesse
qu il serait injuste de méconnaître.
Il y a bien des violences, et des plus grossières dans les
Châtiments : mais comme le sujet efface ou atténue les petitesses de
l auteur ! on oroit entendre les clameurs d un Isaïe ou d un
Ezéchiel : protestation du droit contre la force, affirmation de la
justice contre la violence, espérance superbe de la conscience qui,
blessée du présent, s assure de l éternité. Les plus belles pièces
sont les plus impersonnelles, les plus largement symboliques.
La Légende des siècles traduit dans une forme objective et mythique la
même conception humanitaire et démocratique dont les deux derniers
livres des Contemplations par leurs fougueuses apocalypses, donnaient
l expression lyrique.
On a parlé d épopée àpropos de la Légende des siècles : il faut
s entendre. Ces épopées n ont rien de commun avec l Iliade ou
l Éneide : il faudrait les comparer plutôt àla Divine Comédie ;
la forme épique enveloppe une âme lyrique. Une idée philosophique et
sociale soutient chaque poème : ici affirmation de Dieu ou de la
justice, làdévotion au peuple, haine du roi et du prêtre. Le
recueil, complété par deux publications postérieures, forme comme une
revue de l histoire de l humanité, saisie en ses principales (ou
soi-disant telles) époques ; c est une suite de larges tableaux ou de
drames pathétiques, où s expriment les croyances morales du poète.
Toutes ces épopées symboliques, non historiques, sont réellement des
mythes, où les formes de la réalité, imaginée ou vue, ancienne ou
contemporaine, s ordonnent en visions grandioses et fantastiques. La
précision pittoresque de certaines descriptions ne doit pas nous faire
illusion : la plus simple, la plus vraie, la plus réaliste, est
toujours une " légende florale ", le sujet apparent n étant que
l équivalent concret du sujet fondamental.
V. Hugo, évidemment, a manqué de mesure, comme il a manqué
d esprit : visant toujours au grand, il a pris l énorme pour le
sublime, et il a été extravagant avec sérénité. Mais, hormis ce
vice essentiel de son tempérament, il a été l artiste le plus
conscient, le plus sûr de lui. Il n a pas toujours voulu sainement :
il a toujours fait ce qu il a voulu; son exécution n a jamais trahi sa
conception.
Cette maîtrise se marque bien dans la composition de ses poèmes.
Regardons les Châtiments : évidemment la table des matières est un
trompe-l oeil. En donnant des titres àses sept livres, comme il les
donne, le poète veut nous faire croire àun ordre intelligible, qui
s évanouit dès qu on feuillette le recueil. Il n y a pas làde
critique méthodique du programme politique et social de l Empire : et
c est tant mieux. Mais laissons les formules qu il attache comme des
étiquettes sur chaque paquet de satires. La composition poétique est
admirable. Le mélange des formes lyriques et narratives, des
apostrophes directes et des symboles objectifs, la variété des tons et
des rythmes préviennent le dégoût ou la fatigue du lecteur : avec
quel art, parmi tant d invectives virulentes, développe-t-il le vaste
poème de l Expiation ! avec quel art jette-t-il, au milieu des
tableaux de meurtre, de persécution et de servitude, comme de larges
taches de nature, claires dans cette ombre, et gaies dans cette
horreur ! Comme il nous repose adroitement du Deux-Décembre tant de
fois maudit par la vision sereine de Jersey, par la vision grandiose du
désert !
L antithèse est le principe de la forme de V. Hugo, dans la composition
d un recueil ou d un poème comme dans le détail du style. Il aime ÃÂ
dresser l une contre l autre deux parties symétriques, contraires de
sens ou de couleur. Une scène réaliste se termine en hallucination
fantastique : un fait familier, trivial, s élargit en symbole de
l infini ou de l incompréhensible. Tout s équilibre, et l on sent
partout une volonté consciente qui a déterminé les relations et les
proportions des parties.
Même sûreté dans le maniement de la langue. V. Hugo a l un des plus
riches vocabulaires dont poète ait usé. Aucun mot technique ne
l effraie. Il aime les mots étranges, inconnus, pour les effets
d harmonie qu on en peut tirer. Il sent le mot comme son, d abord; et de
làson goût pour les noms propres, qui, avec un minimum irréductible
de sens, font tout leur effet par leurs propriétés sensibles, par la
sensation auditive qu ils procurent. De làces énumérations
écrasantes dont il nous étourdit : sa vanité, de plus, s y délecte
dans une apparence de science qui produit l impression d un monstrueux
pédantisme.
Toutes les valeurs, toutes les associations, toutes les combinaisons des
mots lui sont connues. Il a la phrase tantôt plastique et nettement
élégante, tantôt robustement sentencieuse et ramassée. Mais sa forme
originale, c est la métaphore continue. Seulement la métaphore chez
lui n est pas un procédé d écrivain laborieux, c est, comme je l ai
dit, l allure spontanée de la penseé. Aussi, dès qu il est maître du
moins de son talent, la métaphore n est-elle jamais banale chez lui :
toujours rafraîchie àsa source, renouvelée par une sensation
directe, elle peut être bizarre, ridicule, elle est toujours vraie et
naturelle.
S étant fait une loi rigoureuse de la propriété, de la particularité
des termes, possédant le plus riche vocabulaire d expressions locales
et pittoresques, V. Hugo fait une dépense curieuse des adjectifs
emphatiques, àsens indéterminé : étrange, horrible, effrayant,
sombre, etc. Il les mêle aux mots techniques : c est un moyen
d agrandir la réalité, de développer des images finies en symboles
fantastiques. Il exécute cette opération avec une incontestable
sûreté de main.
Je signalerai encore un autre procédé qui s étale dans les trois
recueils donnés après 1850 : c est l emploi du substantif en
apposition : la marmite budget, le bœuf peuple, le pâtre promontoire,
etc. Ordinairement respectueux de la langue, V. Hugo s est obstiné
pourtant dans cette tentative : c est qu elle répond àla
constitution intime de son génie. Cette construction supprime le signe
de comparaison, elle établit l équivalence, l identité des deux
objets dont l un va prendre la place de l autre dans l imagination et la
phrase du poète. Cette opération verbale est le principe même de la
création mythique.
Enfin, la puissance d invention rythmique de V. Hugo apparaîtra aussi
dans les trois recueils : on y verra comment les mots sonores se
groupent en vers expressifs, avec quelle science la distribution des
coupes dans le vers, l ordonnance des strophes ou des parties dans la
pièce règlent le mouvement, selon la nature du sentiment ou de la
pensée, avec quelle justesse se fait presque toujours l adaptation ÃÂ
une certaine structure métrique au caractère du sujet. Il faudrait
trop d exemples pour mettre en lumière cette partie du génie de V.
Hugo, et je ne puis ici que l indiquer. On devra étudier la première
Légende des Siècles presque vers par vers, pour comprendre la
délicatesse, la puissance et la variété des effets que le poète fait
rendre àtoutes les formes de vers, et particulièrement ÃÂ
l alexandrin : c est làqu on devra chercher, en leur perfection, les
types variés du vers romantique.
Gustave Lanson, Histoire de la Littérature française, Hachette, Paris
1903.
Bicentenaire de Victor Hugo en 2002
Manifestations commémoratives dans
les Maisons de Victor Hugo
Travaux àla Maison de Victor Hugo
20 août - 19 janvier 2002
Commencés au mois d août, les travaux de réaménagement de l accueil
du musée devraient s achever àla mi-janvier 2002.
Ainsi, 100 ans après sa création, la Maison de Victor Hugo abordera
avec de nouveaux espaces la programmation spécialement élaborée pour
le bicentenaire du poète :
 "Voir des étoiles"
Le théâtre de Victor Hugo mis en scène
11 avril - 28 juillet 2002
Pour la célébration du bicentenaire de la naissance de Victor Hugo, la
Maison où il vécut, de 1832 à1848, consacrera une importante
exposition àson œuvre de dramaturge.
Organisée en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France, et
la Comédie Française, cette exposition, riche de ces fonds
prestigieux, s ancrera dans l œuvre de l’écrivain et dans son
contexte historique. Elle cherchera aussi àmettre en évidence la
profonde individualité de l’écriture théâtrale de Victor Hugo ÃÂ
travers les représentations les plus marquantes qui en ont été
données.
Balayant deux siècles, elle sera le terrain d un premier bilan sur le
positionnement de l œuvre face àl évolution du regard artistique et
du contexte sociologique, faisant par làmême la démonstration de ses
éléments de modernité et d actualité.
 Aubes
Rêveries au bord de Victor Hugo
Carte blanche àHarald Szeemann
17 octobre 2002 - 26 janvier 2003
Pour cette manifestation, la Maison de Victor Hugo donnera carte blanche
àHarald Szeemann, historien d’art internationalement connu et
reconnu, qui mettra en relation des dessins de Victor Hugo avec des
œuvres d’artistes du XXème siècle.
Cette exposition se veut le prolongement de l’exposition de
l’automne 2000 « du chaos dans le pinceau… », Victor Hugo,
dessins en montrant, cette fois par confrontation d’œuvres,
l’influence que Victor Hugo plasticien a exercée sur les artistes du
XXème siècle, ceci, de façon consciente ou inconsciente.
ÂÂ
HYPERLINK "http://www.paris-france.org/musees/maison_de_victor_hugo"
La Maison de Victor Hugo
Victor Hugo vécut au deuxième étage de l hôtel Rohan-Guéménée de
1832 à1848. C est làqu il recevait Vigny, Lamartine, Béranger,
Sainte-Beuve, Dumas, Mérimée, les Devéria, Nanteuil, David d Angers
et écrivit quelques unes de ses oeuvres majeures (Marie Tudor, Ruy
Blas, Les Burgraves, Les Chants du Crépuscule, Les Voix intérieures,
Les Rayons et les Ombres), une grande partie des Misérables et
entreprit La Légende des siècles et Les Contemporains.
C est en 1902, année du centenaire de sa naissance, qu àl initiative
de Paul Meurice put être crée le musée, grâce au don que cet ami
fidèle faisait àla Ville de Paris d un fond de dessin, livres et
objets complété de commandes àde nombreux artistes contemporains.
L inauguration eut lieu le 30 juin 1903.
Au deuxième étage, la visite de l appartement s organise suivant les
trois grandes étapes qui selon Victor Hugo articulaient sa vie: Avant
l exil, l exil, Depuis l exil, la dispersion du mobilier du poète
proscrit lors de la vente aux enchères de 1852 et les multiples
transformations que connut l appartement après le départ de la famille
en ayant empêché le reconstitution fidèle.
Les dessins
de
Victor Hugo
Je n ai pas trouvé chez les exposants du Salon la magnifique
imagination qui coule dans les dessins de Victor Hugo comme le mystère
dans le ciel.
Je parle de ses dessins àl encre de chine, car il est trop évident
qu en poésie, notre poète est le roi des paysagistes"
Charles Beaudelaire
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