Referat La Vie De Brancusi
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La vie de Brancusi
A Bucarest, de 1898 à1902, Brancusi suit les cours de l Ecole
Nationale des Beaux-Arts, où il est le disciple de Ion Georgescu, puis
de Vladimir Hegel, maîtres formés dans le culte du classicisme, mais
ouverts (surtout Georgescu) àl art sensible, de facture
impressionniste, de Rodin. Durant son séjour àBucarest, Brancusi
réalise une série d ouvrages àcaractère d étude qui dépassent
largement ce niveau, comprenant des éléments artistiques
significatifs: le buste Gheorghe Chitu, une Tête d expression, ainsi
qu une série de copies, demeurées de référence - l Ecorché (avec le
Dr Gerota), Vitellius, La tête de Laocoon. Avant de quitter la
Roumanie, il réalise aussi les bustes de Georgescu-Gorjanu (1902) et du
général Dr Carol Davila (1903), placé plus tard, avec des
modifications non autorisées par l artiste, dans la cour de l Hôpital
Militaire de Bucarest (1912).
En 1904, il part en voyage, son but final étant la ville de Paris,
centre consacré de l art moderne, où les impressionnistes avaient
déjàconnu le triomphe et la Tour Eiffel était devenue, sur les
propositions des symbolistes, une pionnière de la civilisation
technologique, où l Art nouveau (avec ses nombreuses dénominations et
formes locales) avait fait ses débuts, constituant la première
expérience universelle du siècle dans le domaine. Considéré par
certains commentateurs comme un voyage d initiation (l idée du rite
initiatique sera présente, plus tard, dans le complexe monumental de
Targu-Jiu), le trajet, parcouru àpied presque en totalité, a compris
des séjours àBudapest, Vienne (où Brancusi a travaillé comme
sculpteur dans une fa-brique d ameublement), Munich (où il s est
attardé pour admirer les collections d archéologie, art gothique et
renaissant) et en Suisse.
A Paris, après des difficultés qu il surmonte avec son optimisme
foncier de paysan, il obtient une bourse roumaine qui lui permet de
fréquenter l atelier d Antonin Mercié, àl Ecole des Beaux-Arts. En
1907, il est accepté àl atelier du plus grand sculpteur de l époque,
Auguste Rodin, qu il quitte cependant peu de temps après, orgueilleux
et confiant dans son avenir, parce que "rien ne pousse àl ombre des
grands arbres".
Désormais indépendant, Brancusi commence àse faire remarquer aux
salons officiels, ses œuvres éveillant des échos chez les marchands
d art et les collectionneurs.
Il crée le Portrait de Nicolae Darascu, le Buste d enfant, le Supplice
(1906), puis la Prière et le Portrait de Petre Stanescu, qui forment un
ensemble funéraire commandé pour un cimetière de Buzau (1907).
L expérience de la mort (l ensemble funéraire de Buzau, la pierre
tombale de son ami, le Douanier Rousseau, le Baiser du cimetière
Montparnasse de Paris) le rend toujours plus attentif àce qui est
essentiel, aux dimensions spirituelles de l existence humaine. Par
certains côtés ces œuvres annoncent déjàles études futures, les
formes subissant un processus de stylisation pour aboutir àla
simplicité et àla concision des archétypes. Les contours fins,
sensibles aux effets de lumière, s éloignent progressivement des
incidences du sensoriel pour commencer, dans les conditions de
l affirmation des tendances rationalistes, dont le cubisme, un long
combat pour sortir du temporel et du contingent.
La Sagesse de la terre, une première version du Baiser (1908), le
Sommeil (1908), la Muse endormie (1909-1910), Maiastra (1910),
Prométhée (1911), Mademoiselle Pogany (série 1912-1933), le Premier
pas (1913) sont des ouvrages qui témoignent de sa décision de franchir
les limites du concret, du quotidien, pour se pencher sur les valeurs
des arts archaïques, d Afrique ou d Océanie.
La recherche de l extase, qui a conduit Delacroix ou Gauguin vers
l Afrique ou les îles du Pacifique, a conduit Brancusi àune excursion
sur la verticale de l histoire, jusqu au niveau préhistorique, au
fabuleux néolithique de l aire carpatique de l ancienne Europe.
C est la période où il se lie d amitié avec Modigliani, un peintre
qui croit en l idéal de la représentation du visage humain, dont
l histoire est si riche dans les cultures méditerranéennes. En
essayant de définir la position des recherches formelles de Brancusi,
son ami Rousseau lui dit ces mots prophétiques: "tu as transformé
l antique en moderne". Le sculpteur, de plus en plus connu, jouit de
succès aux États-Unis, où il participe àl Exposition internationale
Armory Show de New York et ouvre sa première exposition personnelle ÃÂ
la Photo Secession Gallery, avec l appui d Alfred Stieglitz et d Edward
Steichen. En Roumanie, il expose aux manifestations des groupes la
Jeunesse artistique, l Art roumain, le Contemporain, etc.
Arrivé àsa maturité, l artiste suit, systématiquement, les
principes fondamentaux de la forme, la dégageant des aspects
éphémères, des accidents imprévisibles dûs aux émotions. La
réduction des formes organiques àleur structure est accompagnée de
la prise en considération des formes primaires, des aspects de la
genèse de la vie (la Princesse X, 1916; Le premier cri, 1917; le
Nouveau-né, 1920; Mademoiselle Pogany, 1920; Léda, 1920; Le Début du
monde, 1924). La série des Oiseaux dans l espace apporte l idée de
l élévation dans l espace, la possibilité de s évader du cadre
concret de l existence
Dans ce sens, Brancusi réussit àannuler les effets de la gravitation,
dématérialisant les volumes par un long polissage. Parfois - c est le
cas des Colonnes sans fin des années 1918-1928 - l idée d élévation
est assurée par la croissance des modules géométriques sur la
verticale. C est une période où le sculpteur fait des esquisses en vue
de la commande, non réalisée, du maharadjah Yeswart Rao Holkar
Bahadur, qui avait l intention de bâtir un temple de la méditation.
Au milieu des années trente, Brancusi revient plusieurs fois dans son
pays natal, répondant àla demande de la Ligue nationale des femmes du
Gorj, qui souhaitait ériger un monument aux héros de la patrie tombés
pendant la première guerre mondiale. En 1937-1938, il réalise, ÃÂ
Târgu-Jiu, l ensemble comprenant la Table du silence, la Porte du
baiser et la Colonne sans fin - destiné àévoquer, le long d un
trajet rituel, les moments essentiels de la vie. Brancusi y fait appel,
une fois de plus, au système symbolique de l art populaire, du
patrimoine culturel roumain, qu il avait introduit, avec un certain sens
polémique, dans l atmosphère agitée de l art moderne. Un principe
solaire évident, motivant le besoin d ordre et de raison, conduit la
démarche de l artiste populaire vers l essentiel de la réalité.
L attitude constructive qui se dégage de cette approche des
phénomènes de la vie fait de Brancusi l un des créateurs ayant
marqué de manière décisive l évolution de la sculpture. Il propose
un décantage et une nouvelle intégration de la spiritualité et de la
sensibilité. L ascèse des formes, la fascination de la géométrie
imposent une rigueur cartésienne dans l organisation de l espace, qui
connaît une permanente tension anthropocentriste, exprimée avec
chaleur, avec une émouvante compréhension.
En utilisant des éléments du langage appartenant au trésor de la
culture populaire, Brancusi confère àson œuvre une force terrible.
Illuminé par le culte de la patrie et de ses ancêtres, le sculpteur,
ce "genius loci de la Roumanie", comme le nommait Giulio Carlo Argan,
est conquis par l aube de la naissance de l homme, découvrant, dans le
flux immémorial du temps, les moments cruciaux de son existence
terrestre - la naissance, l amour, le travail, la création, la mort.
L espace fermé, circulaire, des grands sanctuaires daciques des Monts
Orastiei, mesurant le passage du temps et tenant l esprit en éveil, est
repris par Brancusi pour sacraliser un endroit, un point évocateur, où
les temps - passé, présent, futur - s unissent. Poussant
impétueusement sur la verticale, la Colonne sans fin cache dans sa
simplicité l effort constructif, afin de conserver, pur et persistant,
le sens de l élévation humaine, l aspiration vers la lumière et la
raison, vers le plan divin.
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